Écoute, faut qu'on se parle là.
On est rendus pas mal bons pour se raconter des histoires. Pis je parle pas de belles histoires de princesses avec des licornes pis de la poudre magique, nenon. Je parle des maudites menteries qu'on se sert à nous-mêmes, à chaque jour, comme si c'était du pain frais Roger.
« On se reprend » - Le plus gros mensonge de l'histoire de l'humanité
Calvaire que c'est rendu automatique. Ta chume t'écrit « on devrait faire de quoi ensemble bientôt », pis toi, sans même réfléchir, tu réponds « ouin! on se reprend! ».
On se reprend.
ON SE REPREND.
Coudonc, on se reprendra quand? En 2047? Quand on va être rendus en maison de retraite à jouer aux cartes en mangeant des blanc-manger? Parce que tsé, on le sait tous les deux qu'on se reprendra pas pantoute. On le sait. TU LE SAIS. Lui le sait. Le chat le sait. Même ta plante qui crève dans le coin le sait.
Mais on le dit pareil.
C'est comme un automatisme de la politesse sociale. Quelqu'un annule? « Pas de trouble, on se reprend! » Ton cerveau même prend pas la peine de consulter ton agenda. Y'a zéro analyse. Zéro planification. C'est juste une formule magique pour dire « bon ben, c'est de valeur mais j'vas t'oublier dans environ 12 secondes ». Pis là, tu raccroches le téléphone ou tu fermes ton cell, pis tu te dis « ouin, anyway ». Pis tu continues ta vie. Pis l'autre personne continue sa vie. Pis vous allez vous croiser dans deux ans au Maxi, vous allez vous faire un sourire gêné, pis vous allez vous dire « heille faudrait ben qu'on se reprenne! »
Pis le cycle recommence, tabarnak.
Imaginer tous les scénarios possibles... sauf le bon
Ah boy. Ça, c'est mon sport national. Hihi.
Genre, ton boss t'envoie un courriel qui dit juste « Peux-tu passer à mon bureau demain matin? ». That's it. C'est toute. Pas de contexte. Pas de smiley. Pas de « inquiète-toi pas ». Juste cette phrase-là qui te reste collée dans face comme une moppe mouillée.
Pis là, ton cerveau part en peur.
En l'espace de 3.5 secondes, t'as déjà imaginé 47 scénarios différents. T'es congédié. Non, attends, toute l'équipe est congédiée. Non, LA COMPAGNIE FERME. Tu vas te ramasser sur le BS. Tu vas perdre ta maison. Tu vas devoir aller vivre chez ta mère. Ta mère va te faire des remarques sur ta vie. Tu vas finir par péter un plomb pis aller vivre dans le bois pour manger des racines pis parler aux écureuils. Tout ça parce que ton patron a envoyé un courriel de 8 mots.
Pis tu passes ta soirée à t'inventer des films. Tu pratiques même ton speech de défense. Tu te fais des arguments. Tu prépares des contre-arguments. T'es rendu avocat de toi-même dans un procès qui existe juste dans ta tête. T'as même pensé à ce que tu vas dire à ton chum en revenant à maison si jamais y te mettent dehors.
Le lendemain matin, tu rentres dans le bureau de ton boss, les mains moites, le cœur qui bat comme si t'avais couru un marathon. T'as sué toute la nuit pis t'as des 'ptites crampes instetinales.
« Ah oui! Je voulais juste te dire que t'as fait une excellente job sur le dernier dossier. Continue comme ça! »
...
COMMENT ÇA « CONTINUE COMME ÇA »?!
J'AI PAS DORMI DE LA NUIT MOI LÀ! J'ai calculé combien de temps je pouvais survivre avec mes REER pis ma collection de cannes de soupe! (D'la Campbell's poulet et nouilles)J'ai checké les prix des loyers à Chicoutimi au cas où je devrais déménager plus cheap! J'ai PLEURÉ dans ma douche!
Mais non. C'était juste un compliment.
Évidemment. Parce que le bon scénario, le scénario simple, le scénario qui fait du sens? Celui-là, on y pense jamais. Jamais de la vie. Ce serait trop facile. Ce serait trop logique. Faque notre cerveau préfère partir en peur pis inventer 237 catastrophes qui ont zéro rapport.
Pis on fait ça pour TOUTE. Ton chum répond pas à ton texto pendant 2 heures? Y'est mort. Ou y te trompe. Ou y'est mort EN te trompant. Ou y'a perdu son téléphone. Ou y'a perdu son téléphone en te trompant pis là y'est mort.
Spoiler alert: son cell était juste à off parce qu'y était dans une réunion.
Ta mère t'appelle trois fois dans même journée? C'est sûr que quelqu'un est malade. Ou mort. Ou les deux. Ou elle a gagné à la loto pis elle veut te déshériter avant de te l'annoncer.
En réalité: elle voulait juste savoir si tu voulais des restants de tourtière.
C'est rendu maladif notre affaire. On devrait avoir une médaille olympique pour ça. Catégorie: gymnastique mentale extrême avec triple back flip dans le stress inutile.
Répondre « haha » à un message qui fait pas rire pantoute
Ah là, on touche à quelque chose de profond en tabarouette.
Ça, c'est le summum de la fausseté sociale moderne. C'est notre génération qui a inventé ça. Nos parents avaient pas ce problème-là eux autres. Fallait qu'y fake un rire en personne, face à face, comme du vrai monde. Mais nous? On a trouvé moyen d'être fake par texto.
Ton collègue t'envoie une joke plate. Genre VRAIMENT plate. Une joke de papa qui a même pas rapport avec rien. Genre: « Hé, sais-tu c'est quoi la différence entre un pigeon? ...Y'a les deux pattes pareilles surtout la gauche! » Toi, de l'autre bord de ton écran, t'as même pas sourcillé. T'as même peut-être grimacé un peu. T'es là, le visage complètement neutre, à fixer ton téléphone comme si y venait de t'insulter toute ta famille.
Mais qu'est-ce que tu réponds?
« haha »
Pourquoi? POURQUOI on fait ça?
Pis c'est pas juste un « haha ». Non non. On a tout un système de codification pour nos faux rires écrits:
« haha » = J'ai même pas souri mais je veux pas avoir l'air bête
« lol » = J'ai peut-être expiré un peu plus fort par le nez, mais c'est toute
« hahaha » = C'était presque drôle, je te donne ça
« HAHAHAHA » = OK là, tu m'as vraiment fait rire, bravo
« 😂 » = Je suis mort de rire (mais je ris pas pantoute en vrai)
On a créé tout un vocabulaire pour mentir sur notre niveau d'amusement. C'est incroyable quand t'y penses.
Pis le pire, c'est qu'on SAIT que l'autre le fait aussi. Genre, ton ami t'envoie une photo de son chat avec un chapeau, pis toi tu réponds « 😂😂😂 ». Mais vous savez TOUS LES DEUX que personne rit. Lui y rit pas en t'envoyant ça. Toi tu ris pas en le recevant. C'est juste un échange mutuel de mensonges polis.
C'est comme un contrat social non-écrit: « Je vais fake que ton affaire est drôle, pis toi tu vas fake que mon affaire est drôle, pis on va tous les deux faire semblant qu'on est des personnes joyeuses qui rient à toute pis qui ont du fun dans vie. »
Mais la réalité?
T'es assis sur ta toilette, t'as scrollé pendant 45 minutes, t'as répondu « haha » à 12 messages qui t'ont fait zéro effet, pis là ta jambe est engourdie mais tu continues pareil parce que t'as pu la motivation de te lever.
Pis tu sais ce qui est vraiment fucké?
Des fois, tu reçois de quoi de VRAIMENT drôle. Genre, quelque chose qui te fait rire pour vrai. Un bon rire franc, là, qui sort du ventre. Un rire qui fait que t'as presque échappé ton téléphone. Un rire qui réveille ton chat.
Pis là, qu'est-ce que tu réponds?
« haha »
Parce que t'as pu de mots. T'as utilisé toutes tes munitions de faux rires sur des niaiseries, faque quand vient le temps de montrer que t'as VRAIMENT ri, t'as juste les mêmes maudits outils. C'est comme avoir juste une note de musique pour jouer toute une symphonie.
Faque là, faut que tu surcompenses. Tu mets 47 emojis. Tu capslocks AU BOUTTE. Tu écris « JTEMMMMM ». Tu fais un vocal note où tu ris comme une hyène en fin de vie. Juste pour que l'autre comprenne que LÀ, pour vrai, c'était drôle.
Mais rendu là, c'est tellement over the top que ça a pas l'air sincère anyway.
On peut-tu juste revenir à une époque où on pouvait dire « ouain c'est poche ton affaire » sans que ça devienne un drame international? On peut-tu normaliser le fait de pas répondre si on a rien à dire?
Non?
OK ben.
haha
Faque voilà.
On vit dans un monde où on se promet des affaires qu'on fera jamais, où on s'invente des problèmes qui existent pas, pis où on rit de jokes qui sont pas drôles.
Pis le plus fou dans toute ça? On va continuer pareil. Parce qu'au fond, c'est plus facile de même. C'est moins compliqué. C'est moins confrontant.
Pis anyway, faudrait ben qu'on se reprenne pour jaser de ça.
(On se reprendra pas.)
À bientôt peut-être! Pis d'ici-là, prend soin de ton dedans!
Tourlou là!
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